Extraits

"La vie et l’œuvre de Korolenko ont ét à ce point intimement mêlées qu’il s’impose de les étudier simultanément, l’une expliquant l’autre et vice-versa. L’œuvre littéraire de Korolenko est avant tout celle d’un grand styliste ; l’écrivain est par là l’un des meilleurs épigones de Turgenev prosateur. Mais il a été limité par ses préoccupations sociales selon la meilleure tradition de la littérature russe ; nous ne perdrons onc jamais de vue qu’il ne pouvait y avoir pour Korolenko d’œuvre d’art gratuite, que la littérature devait porter un message.

Ce sont ces préoccupations qui ont amené l’écrivain au journalisme dont il devint dans les dernières années de sa vie l’un des meilleurs représentants en Russie. Il soutient de ce point de vue la comparaison avec Herzen, il l’emporte bien souvent par sa force percutante sur Ščedrin. C’est là, encore mieux que dans ses œuvres littéraires, que sa pensée généreuse s’est exprimée avec le plus d’éclat ; après avoir connu dans sa jeunesse les entraînements de la « plongée dans le peuple », Korolenko en est venu à un pragmatisme qui n’excluait pas la générosité et même l’héroïsme. S’il a été fort critique vis-à-vis de l’héritage populiste, il n’a cessé de combattre pour une Russie démocratique, constitutionnelle, tolérante, humaine, respectueuse de la volonté du peuple et es libertés individuelles, pour qu’en son pays la lumière du progrès triomphe enfin des ténèbres du passé. Il a été pour plusieurs générations le chantre de l’espoir.

Pareil esprit était à la fois le plus étranger possible aux systèmes et le plus ouvert aux idées d’autrui et à tout ce qui était humain ; en témoignent la variété de ses intérêts, l’importance qu’il accorde au sentiment religieux, ses amitiés avec des marxistes… Nous espérons ainsi qu’à la fin de cette étude l’image de celui qui est devenu le symbole de l’intellectuel russe se retrouvera retracée le plus fidèlement possible dans toute son originalité."

Extrait de la préface de Vladimir Galaktionovič Korolenko (1853-1921). L’homme et l’œuvre, Paris, Champion, 1, 1975, p. vi-vii.

"Nous pensons avoir décrit ici l’essentiel du système linguistique du russe. L’état de langue décrit est le plus contemporain possible et l’on a essayé de tenir compte aussi bien du code oral que du code écrit, du locuteur que du scripteur, dans les limites de l’ouvrage. Et puisque toute description présuppose une théorie qui modèle l’objet de cette description, nous dirons que l’approche générale est, pour l’essentiel, d’inspiration structuraliste ; la phonologie se conforme à la tradition du Cercle linguistique de Prague et à celle de l’Ecole phonologique de Moscou, la définition des différentes classes du discours suit la tradition linguistique russe et la taxinomie illustrée par Paul Garde dans se Grammaire russe. Le fonctionnement des formes temporelles et aspectuelles du verbe doit beaucoup aux travaux de Jacques Veyrenc. La syntaxe de la phrase recourt avec prudence au type d’analyse proposé par la grammaire générative et transformationnelle. On a tenté enfin, à tous les niveaux de l’analyse, d’intégrer la composante sémantique de la grammaire. Cette attitude souple devrait permettre, nous l’espérons, de donner au lecteur une image précise du code du russe actuel en même temps qu’un aperçu des méthodes, le plus souvent complémentaires et en devenir perpétuel, qu’utilisent les linguistes pour le décrire."

Extrait de la préface de la Grammaire du russe contemporain, 2e édition, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2002, p. 9.